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Jean-Pierre Scouflaire 2004
JEAN-PIERRE SCOUFLAIRE

VERNISSAGE - 09 / 01 / 2004
DATES - DU 10 / 01 / 2004 AU 14 / 02 / 2004

Jean-Pierre Scouflaire



La peinture retient sa respiration dans ses bois, se gonfle et sort sans heurts de ses gonds monochromes. Les angles se coupent, le châssis se tord, les plans basculent, les arêtes changent de bord. Les pleins se moquent des vides, les vides miment la grandiloquence des pleins, les surfaces trompent l'oeil mais en utilisant leurs propres arguments, sans déguisements ni comédies. Cette peinture est celle de Jean-Pierre Scouflaire, elle a quitté l'enclos des inéluctables deux dimensions sans pour autant les avoir trahies. Elle s'est extraite de sols aux couleurs répétitives pour s'aventurer dans les velours vert-de-gris, les cuivres souples, les boues métalliques, les bétons orageux. Elle est partie prendre un peu l'air hors du cadre étriqué de l'art construit, elle a sauté ces clôtures à force de gestes forts et précis dans cette menuiserie, dans les enduits, les pigments et la sciure.

Jean-Pierre Scouflaire disloque la fenêtre de la peinture, la désaxe, la tord, en déclenchant une autre vision des choses qui nous entourent, nous habitent et nous construisent. La peinture que l'oeil a l'habitude d'absorber frontalement est ici visible à 180 degrés, elle ne se donne pas immédiatement, il faut prendre le temps de contempler ses multiples visages, comme une réalité autour de laquelle on tournerait pour en comprendre les diverses facettes. Jean-Pierre Scouflaire croque sa peinture comme on se craque les os après une nuit passée dans le carcan des rêves. Ces torsions sont obtenues par le jeu simple des géométries appliquées au territoire pictural, en tronquant les parallèles, se jouant des méridiens, mélangeant les tropiques. Car qu'est-ce qu'une toile sinon un monde à part entière, un monde à portée des yeux, moins collé à l'anecdote, appliqué dans la singerie et vautré dans l'erreur que celui qu'on nous impose.

Mais Jean-Pierre Scouflaire va plus loin en poussant sa réflexion dans l'espace et concevant quelques sculptures à partir de son expérience picturale. De grandes figures hiératiques prêtes à partir, des abstractions en mouvement dans leur vivacité métallique, des balises constructivistes pour de prochaines révolutions. Une statuaire à la marche impressionnante, un mémorial dynamique à nos héros morts dans des guerres de points, de lignes, de plans, de volumes, de couleurs. Et au-delà, c'est-à-dire non pas dans des querelles de salon mais dans des combats pour la sauvegarde de l’intelligence, d'une éthique, d'une foi, de la liberté. D'une vie plus condensée, plus vibrante, plus digne. Alléluia.




François Liénard pour la Galerie Jacques Cerami, déc. 2003



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JEAN-PIERRE SCOUFLAIRE